Une interprétation (osée ?) de la formule surabondamment utilisée To be or not to be : that is the question extraite du monologue d'Hamlet.
Cette interprétation est-elle conforme à la pensée de William Shakespeare?
Et quand bien même:
violer une règle (la fidélité au texte, à une légende, etc...) ne me dérange pas nécessairement si, du moins, trois conditions sont remplies:
si on sait pourquoi on le fait (pour cela, il faut d'abord essayer de se connaitre soi-même...),
si on annonce clairement le détournement (c'est la moindre des choses...),
et si, j'ai toujours trouvé cela important, on essaye de connaitre parfaitement la règle qu'on s'apprête à violer, le texte qu'on s'apprête à moduler, la légende qu'on s'apprête à apprivoiser (ou, au minimum, on s'y attèle...).
Comme nous dit un visiteur :
Je ne suis pas "contre" de détourner un peu, soit pour exprimer ses propres idées (auquel cas on ne traduit plus mais on s'inspire d'un texte), soit pour mieux rendre le fond de la pensée de l'auteur.
∴
To be : that is the question
Nous disons :
To be or not ?
To be : that is the question !
C'est à dire, philosophiquement, exactement le contraire de la citation (répétée souvent sans réflexion) :
To be, or not to be: that is the question
∴
la plume de Shakespeare
Le contexte plus précis, sous la plume de Shakespeare, est :
To be, or not to be: that is the question:
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them? (...)
Notez le premier "deux points" après "to be" et le second (généralement ignoré!) à la fin du premier vers.
Dans une traduction française (origine inconnue, voir plus bas), les "deux points" ont carrément disparu! Voila qui ne facilite pas la compréhension.
Etre, ou ne pas être, c'est là la question.
Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir
la fronde et les flèches de la fortune outrageante,
ou bien à s'armer contre une mer de douleurs
et à l'arrêter par une révolte ?
∴
notre interprétation très libre
Et, quant à nous, nous traduirions (interpréterions), dans la liberté qui n'est pas nécessairement la trahison (mais qui est quand même tout à fait contraire aux avis éclairés!), par :
Être ou pas?
Ne pas être, mourir, dormir, subir...
subir
la fronde et les flèches de la fortune outrageante?
Être, rêver, s'armer, agir...
s'armer
contre une mer de douleurs,
l'arrêter
par une révolte?
Où est la plus grande noblesse d'âme?
Être : voila le défi!
Notez que, si notre "traduction" s'écarte résolument du texte d'origine dans sa forme, une lecture attentive du monologue complet (en anglais et en français ci-dessous) vous montrera que nous n'avons introduit aucun mot, aucun concept que Shakespeare ne nous ait lui-même proposé dans la suite du monologue.
∴
discussion
Notre interprétation est toutefois, avouons-le, en total porte-à-faux par rapport à des avis autorisés.
Fondant leur analyse sur celle du philosophe allemand Arthur Schopenhauer, les rédacteurs de la page anglophone To be, or not to be de l'encyclopédie Wikipedia écrivent :
Thus,
the lines "whether 'tis nobler in the mind to suffer/the slings and arrows of outrageous fortune" represent the to be option,
and "to take arms against a sea of troubles/and by opposing end them" the not to be option.
ce qui est exactement à l'inverse de notre propos ci-dessus.
Dans notre interprétation (toute personnelle), la question n'est pas de choisir entre exister, vivre (to be) ou disparaître, se suicider (not to be).
La seule vraie question, le seul vrai défi, c'est d'exister, de vivre!
Y compris, si, pour exister, il faut take arms against a sea of troubles
∴
subir ou résister
Mais on peut rêver!
N'exprimons nous pas, peut-être aussi, ce que, à défaut de l'avoir écrit explicitement, Shakespeare aurait laissé entrevoir : ce précepte :
Révolte-toi contre l'iniquité et oppose-lui une résistance telle que cesse toute oppression.[1]
∴
vie et suicide
Une de nos amies nous écrit :
Je serais presque d'accord avec ton interprétation ([Shakespeare] considère clairement vivre comme un défi),
sauf qu'il y a tout de même la partie
qui suggère une hésitation entre vie et suicide, avec une crainte concernant le second ([Shakespeare] dit que si on n'avait pas peur de l'inconnu de l'après-mort, on choisirait de ne pas vivre).
To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream: ay, there's the rub;
For in that sleep of death what dreams may come
When we have shuffled off this mortal coil,
Must give us pause: there's the respect
That makes calamity of so long life;
For who would bear (....) But that the dread of something after death, The undiscover'd country from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?
∴
Être : voila le défi
Nous avons osé cette interprétation (où seuls varient la ponctuation et le souffle) de Hamlet le 7 novembre 2008 au sein des Paroles d'amour prononcées lors de l'hommage à Martine[2]
La mort est, bien sûr, omniprésente dans les deux interprétations, le monologue d'Hamlet et l'extrait ci-dessous :
∴
Alors,
un beau jour de juillet,
un beau jour comme tous les jours qui étaient beaux,
un beau jour l'urgence était là[3].
Le destin,
comme disait Anne tout à l'heure,
t'a frappé une première fois.
Et, d'emblée[4],
la terrible question s'est posée :
To be or not ? To be : that's the question!
Être, voilà la question, voilà le défi
Et ce défi tu l'as relevé.
En écoutant Machado,
qu'Isa vient de chanter,
répéter inlassablement,
dans ton coma et dans les semaines qui ont suivi,
que el camino se hace al andar,
tu as tracé ce chemin[5]
qui devait te ramener vers nous,
qui devait te ramener vers moi,
qui devait te ramener vers nous deux, mon amour, golpe a golpe, verso a verso.
∴
Le monologue
Notez le "deux points" à la fin du premier vers...
Hamlet Act 3 Scene 1 Soliloquy
To be, or not to be: that is the question:
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea of troubles,
And by opposing end them? To die: to sleep;
No more; and by a sleep to say we end
The heart-ache and the thousand natural shocks
That flesh is heir to, 'tis a consummation
Devoutly to be wish'd. To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream: ay, there's the rub;
For in that sleep of death what dreams may come
When we have shuffled off this mortal coil,
Must give us pause: there's the respect
That makes calamity of so long life;
For who would bear the whips and scorns of time,
The oppressor's wrong, the proud man's contumely,
The pangs of despised love, the law's delay,
The insolence of office and the spurns
That patient merit of the unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin? who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life,
But that the dread of something after death,
The undiscover'd country from whose bourn
No traveller returns, puzzles the will
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?
Thus conscience does make cowards of us all;
And thus the native hue of resolution
Is sicklied o'er with the pale cast of thought,
And enterprises of great pith and moment
With this regard their currents turn awry,
And lose the name of action. - Soft you now!
The fair Ophelia! Nymph, in thy orisons
Be all my sins remember'd.
∴
traduction française
Notez, pour cette traduction (origine inconnue), la suppression du "deux points" à la fin du premier vers!
(Les vers disparaissant en outre ici dans une prose continue)
Etre, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de
noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune
outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter
par une révolte ? Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce
sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures
naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit
souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! Peut-être rêver ! Oui, là
est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la
mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ? Voilà
qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité
d'une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les
flagellations, et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur,
l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les
lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite
résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un
simple poinçon ?. Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous
une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette
région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté,
et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous
lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?. Ainsi la conscience fait
de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution
blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les
plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à
cette idée, et perdent le nom d'action...
∴
Vidéo
Soliloquy by Kenneth Branagh
∴
Quelques autres pages
contexte
Le texte complet, où figure ce retournement de la proposition du monologue d'Hamlet, se trouve ici :
Si jouer avec les mots vous intéresse (et ainsi, parfois, les détourner vers une destination philosophiquement plus positive), il est possible que vous aimiez visiter aussi certaines autres pages de ce wiki:
poème de Damián Sanchez et Jorge Sosa
interprété par Mercedes Sosa
lire les paroles (en castillan); écouter/télécharger le chant (MP3 ou OGG); liens vers d'autres sites; lien vers le poème initiatique Donne-moi la main, mon frère inspiré et appuyé par Hermano dame tu mano.
esta es la hora primera
este es el justo lugar
con tu mano y mi mano
hermano empecemos ya.
El Arado (La charrue) de Victor Jara.
Canto a la humano, 1966
Sur cette page : vidéo de Victor Jara interprétant le poème; écoute et téléchargement en MP3, OGG et FLV; paroles (en castillan); une interprétation très libre des derniers vers (mm, 3/12/2009) et une traduction littérale (en français) de l'entièreté du poème (fh, 1/12/2009); une interprétation partielle (Inti Illimani).
Un poème inspiré des derniers vers
de El Arado de Víctor Jara
Cet "Hommage à Víctor Jara" aurait pu s'appeler
Solstice :
Je vis décliner la lumière,
et, dans le ciel,
une étoile se fit, une étoile me dit :
J'ai choisi toutefois de l'appeler
Le vol de la colombe
par respect et fraternité posthume pour Víctor Jara,
en hommage à son ultime courage
alors que la folie meurtrière avait déjà
brisé les ailes de la colombe :
"la lumière ne déclinera jamais,
et rien n'arrêtera jamais
le vol de la colombe"
nunca es tarde me dice ella la paloma volará, volará, volará
Violer une règle (la fidèlité au texte, à une légende, etc...) ne me dérange pas nécessairement si, du moins, trois conditions sont remplies :
si on sait pourquoi on le fait (pour cela, il faut d'abord essayer de se connaitre soi-même...),
si on annonce clairement le détournement (c'est la moindre des choses...),
et si, j'ai toujours trouvé cela important, on essaye de connaitre parfaitement la règle qu'on s'apprête à violer, le texte qu'on s'apprête à moduler, la légende qu'on s'apprête à apprivoiser (ou, au minimum, on s'y attèle... ).
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précepte
Si le précepte maçonnique qui surgit par notre interprétation (osée?) de la citation vous a accroché, voyez peut-être les pages :
Vous pouvez être tenu au courant des modifications apportées à cette page, de la création de pages semblables ou d'autres sujets en rapport, en souscrivant à la mailing list: philo@lists.libertes.org. Il s'agit d'une liste publique et modérée.
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Fonctionne avec Casiwi
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